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Dossier : l’interview de Faure Gnassingbé à Jeune Afrique, les réactions et les analyses

Après quatre mois de crise socio politique marqués par des morts, des blessés, des mutilés, des déplacés, des réfugiés, des prisonniers d’opinion et des conséquences désastreuses pour l’économie, le fils du père, Faure E. Gnassingbé a choisi les colonnes d’un magazine africain basé en France, pour donner ses directives à ses sujets (voir son interview  ci-après),

Se fondant sur le colloque d’universitaires godillots, il affirme qu’il est impossible de revenir sur la Constitution de 1992. Il oublie que cette loi fondamentale n’est pas votée par l’Assemblée nationale monocolore, mais par le peuple togolais et à l’appel de la classe politique y compris son feu père le feu le Général Gnassingbé Eyadéma, dont à juste titre il est fier et qu’il se réclame. Il feint d’oublier que c’est plutôt l’Assemblée monocolore qui a vidé ce texte de sa substance alors que lui Faure était le président de la commission des loi et qu’un colloque n’a ni la légalité, ni la légitimité de se substituer au peuple souverain qui réclame la restauration de sa constitution toilettée avec une eau nauséabonde.

Abordant la question du respect des droits de l’homme et des principes démocratiques, Faure, Chef d’Etat, Chef de l’exécutif, chef des armées, président du conseil supérieur de la magistrature, semble fuir ses responsabilités, puis n’assume explicitement aucun des morts qui jalonnent son règne. Finalement il n’a aucune goutte de sang de togolais sur la main. Si ce n’est lui, ceux sont les autres alors ?

Sur la question des mesures d’apaisement devant précéder les négociations d’un nouveau contrat social pour le Togo, et où tout le monde serait gagnant, le Chef d’Etat n’a vraiment pas compris qu’elles visent la restauration d’un climat de confiance en vue de favoriser des discussions sereines.

Concernant la médiation du dialogue intertogolais, le Chef d’Etat est décidément devenu amnésique, il a oublié que c’est lui-même qui avait demandé à ses pairs de s’inviter dans la crise togolaise ; maintenant qu’il estime que l’orage passé, il veut reprendre la main, pour pervertir le dialogue en l’élargissant aux bitos politiques sur qui il compte pour obtenir son référendum en lieu et place d’une transition politique que réclame le peuple.

Tout ceci est franchement dommage et Togo debout le souligne dans son analyse de l’interview du chef de l’Etat (voir intégralité de l’analyse ci après).

Hampaté Ba Junior

 

TOGO: INTEGRALITE DE L’INTERVIEW DE FAURE GNASSINGBE A JEUNE AFRIQUE

 

JEUNE AFRIQUE: Le Togo traverse une période de fortes turbulences depuis cinq mois. Pourquoi et comment en est-on arrivé là ?

FAURE GNASSINGBÉ: Il est encore un peu tôt pour avoir une pleine compréhension de ce mouvement assez complexe. Je m’en tiendrai donc à deux constats. Le premier est l’élément politique qui a porté la revendication, notamment dans les médias internationaux : les réformes constitutionnelles. Nous les avons engagées, le texte proposé est devant l’Assemblée nationale et le processus va suivre son cours. Le second constat est plus préoccupant. Nous sommes en Afrique de l’Ouest, où sévit un arc de crise terroriste qui va du Mali au lac Tchad. Quand on voit au Togo, lors des manifestations, des gens brandir des kalachnikovs, quand on entend des imams appeler à l’émeute dans certaines mosquées, quand on exige des forces de l’ordre de réciter des versets du Coran pour avoir la vie sauve, cela interpelle. Surtout lorsque le parti à l’origine de ces manifestations est d’apparition soudaine et que ses circuits de financement sont opaques. Ces aspects inquiétants ont certes été depuis tempérés lors des manifestations communes organisées entre ce parti et l’opposition, ce dont je me félicite, mais je ne les oublie pas. Ils sont là.

L’objectif, c’est évident, était de rééditer une sorte de scénario insurrectionnel.

Vous faites évidemment allusion à Tikpi Atchadam et à son parti, le Parti national panafricain, très implanté au sein de la communauté musulmane des Tem. Ni vous ni l’opposition « historique » n’avez vu venir ce phénomène. Pourquoi ?

En réalité, avant la manifestation violente du 19 août qui a été une sorte de climax, ce parti avait organisé une quinzaine de démonstrations pacifiques et encadrées. Puis, brusquement, les revendications et le mode opératoire se sont radicalisés. L’objectif, c’est évident, était de rééditer une sorte de scénario insurrectionnel. Ce à quoi nous avons assisté ensuite n’était rien d’autre qu’une tentative de prise du pouvoir par la rue. Elle a échoué.

L’opposition, disons, traditionnelle s’est greffée sur cette contes- tation avec un mot d’ordre classique – le retour à la Constitution de 1992 – et un autre maximaliste : votre départ immédiat du pouvoir. Est-elle également, selon vous, partie prenante de ce scénario insurrectionnel ?

Je crois que ces slogans, dont les auteurs savaient pertinem- ment qu’ils ne pouvaient être appliqués, ont été brandis pour justifier la poursuite des manifestations. Leur apparition est curieusement concomitante avec le dépôt du projet de réforme de la Constitution devant l’Assemblée. Ce texte répondant aux revendications de l’opposition, cette dernière a choisi un autre terrain : la rue. En ce sens, oui, sa volonté de déstabiliser le pouvoir était très claire. Elle ne s’en est d’ailleurs jamais caché.

Ce projet de réforme, qui doit être en principe soumis à référen- dum, que dit-il ?

Limitation du nombre de mandats présidentiels à deux fois cinq ans. Limitation également du mandat des dépu- tés. Instauration d’un mode de scrutin à deux tours. Une réforme très classique, qui de plus apporte un supplément de démocratie par rapport à 1992, de l’avis de nombre de constitutionnalistes.

Pourquoi un retour à la Constitution de 1992 est-il inenvisageable à vos yeux ?

Cette question a été vidée par les rédacteurs de cette Constitution eux-mêmes, qui ont expliqué lors d’un colloque qu’il était illusoire, inopportun d’y revenir et qu’il convenait d’aller de l’avant. La Constitution de 1992 était une Constitution partisane adoptée par une Assemblée monocolore. Elle a été rectifiée en 2002 par une autre Assemblée monocolore. Il fallait donc sortir de cette dichotomie des extrêmes et convenir d’un texte consensuel.

Pourtant, même la conférence épiscopale du Togo demande le retour à la Constitution de 1992 !

Je crois que les évêques ont, depuis, mis un peu d’eau dans leur vin de messe. Cette revendication tardive de la conférence épiscopale a d’autant plus surpris qu’on ne l’avait jamais entendue auparavant de sa part, ni lors du dialogue de 2006 ni ailleurs. C’était une erreur d’appréciation de la complexité de la situation.

Autre personnalité à s’être prononcée pour un retour à ce qu’on appelle ici la C-92 : Gilchrist Olympio. Redeviendrait-il votre adversaire après avoir été votre allié ?

La réalité est plus simple. Le parti de Gilchrist Olympio s’est entre-temps divisé, et la majorité a rejoint l’ANC de Jean-Pierre Fabre. L’essentiel de sa propre famille biologique est également resté au sein de l’opposition. Ce sont ses proches qui ont exercé des pressions sur lui afin qu’il adopte cette position, tout en annonçant sa retraite politique.

L’opposition exige que la réforme constitutionnelle soit rétroactive en ce qui concerne le nombre de mandats. En d’autres termes, que vous soyez empêché de vous représenter en 2020. Que répondez-vous ?

Faisons les réformes, évitons de les personnaliser. Ne mélangeons pas les sphères politique et juridique. Les constitutions disposent pour l’avenir, non pour le passé.

Autre revendication : le vote des Togolais de l’étranger. Pourquoi vous y opposez-vous ?

C’est inexact. Je n’ai aucune position de principe à ce sujet, et cela fait partie des choses sur lesquelles nous pouvons nous entendre lors du dialogue. Il faut simplement bien examiner les aspects techniques.

Les manifestations qui se sont déroulées depuis le mois d’août ont fait des victimes. Combien, selon votre décompte?

Je ne cesse de penser à ces victimes innocentes, j’en suis peiné, nous n’avions nul besoin d’en arriver là. Il y a eu six morts par balles du côté des manifestants et deux membres des forces de l’ordre lynchés et décapités à Sokodé. C’est absolument éplorable. Des enquêtes sont en cours, et la justice fera son travail. On a relevé la présence de milices, qualifiées de groupes d’autodé- fense, aux côtés de la police et de l’armée. Le reconnaissez-vous? C’est une réalité que je déplore mais qu’il faut replacer dans son contexte, celui des premières manifestations violentes du PNP et des multiples provocations auxquelles se sont livrés les militants de ce parti. C’est cela qui a donné naissance à ces groupes d’autodéfense, qui sont également condamnables et que nous condamnons.

On vous reproche d’avoir tenu des propos revanchards devant les bérets rouges du camp de Témédja, au début de novembre. Est-ce exact?

Écoutez. Je suis le chef des armées. Je demande aux militaires de ne pas faire usage de leurs armes. Deux soldats qui gardaient des édifices publics ont été massacrés. La moindre des choses de ma part était de compatir et de promettre aux militaires qu’on rechercherait les coupables sans relâche et par tous les moyens pour les livrer à la justice. Je n’ai pas dit autre chose. Tout chef d’État responsable aurait tenu les mêmes propos.

 

Une poignée d’imams radicaux a tenté d’enflammer les esprits en appelant au jihad contre l’armée. Êtes-vous satisfait du comportement de votre parti, l’Unir, pendant ces événements ?

Tout à fait. L’Unir a organisé dans le calme de grandes manifestations, et ses dirigeants ont toujours tenu des propos responsables.

 Vous semblez discerner derrière la frange la plus dure de l’oppo- sition, en l’occurrence le PNP de Tikpi Atchadam, l’influence de réseaux islamistes radicaux. De quels éléments disposez-vous pour avancer cette hypothèse?

Je pense que cette hypothèse est réaliste. Les éléments constitutifs qui l’accréditent existent. La région de Sokodé, berceau du PNP, est fortement islamisée. Des armes cir- culent. Une poignée d’imams radicaux tente d’enflammer les esprits en lançant des appels au jihad contre l’armée et les familles des militaires. Deux d’entre eux ont été arrêtés, puis relâchés et placés sous contrôle judiciaire dans le cadre de la procédure. Cela dit, il ne faut pas stigmatiser cette ville, ni cette région. Lors de ma récente visite à Sokodé, j’ai reçu un accueil bienveillant, voire chaleureux, qui prouve que sa population aspire à la paix et rejette la radicalisation qui mène à la violence

Neuf mesures de confiance ont été prises début décembre par votre gouvernement afin de faciliter l’ouverture d’un nouveau dialogue avec l’opposition. Ce n’est pas le premier. Quel en sera l’ordre du jour ?

Le dialogue est un élément essentiel de notre société. Avant de décliner son ordre du jour, il va falloir convenir de sa composition. Nous avons, au sein de l’opposition, des partis représentés à l’Assemblée et des partis extraparlementaires : ils devront décider s’ils y viennent séparément ou en coalition. Nous avons aussi des partis qui n’ont ni manifesté ni revendiqué et qui agissent dans le cadre des institutions. Ceux-là aussi ont le droit de participer. Cette crise est politique, le dialogue sera donc une séquence purement politique.

Il y aura un dialogue et un référendum, mais pas de conférence nationale bis. Dialogue ou conférence nationale bis ?

 Dialogue. Tout le dialogue. Rien que le dialogue. Il n’y aura pas de conférence.

 Le référendum aura-t-il vraiment lieu ?

Nous y sommes tenus. C’est une disposition constitution- nelle. Il aura lieu après le dialogue.

Quand s’ouvrira celui-ci ?

Très rapidement en ce qui concerne sa phase préparatoire. Avant les fêtes de fin d’année.

Si le projet que vous avez soumis à l’Assemblée est adopté par référendum, vous pourrez vous représenter en 2020 puis en 2025 et, si vous l’emportez, rester au pouvoir jusqu’en 2030. Comprenez-vous que cette perspective soit insupportable aux yeux de vos adversaires ?

Je comprends leur impatience, bien sûr. Mais les épreuves que nous avons connues dans le passé doivent nous enseigner une chose essentielle : il faut respecter l’État de droit. Il n’y a pas d’autre moyen d’accès à la magistrature suprême que les élections. Il faut faire confiance au peuple togolais et, pour cela, l’interroger plutôt que de parler à sa place.

Serez-vous candidat en 2020 ?

Je ne me situe pas encore dans cette perspective. Ma pré- occupation est immédiate : sortir de ce moment difficile afin que les Togolais retrouvent quiétude et sérénité et se remettre dans le sens de la marche, car cette crise a coûté cher à notre économie – en particulier aux femmes commerçantes, qui ont beaucoup souffert.

Les présidents guinéen, ghanéen, ivoirien, béninois, nigérian, d’autres encore ont offert leurs services de médiateurs dans cette crise. Cela ne fait pas un peu trop ?

Au contraire. Ce sont autant de preuves d’amitié et de soli- darité à l’égard du Togo. Et puis toutes ces offres de facilitation tiennent compte de notre souveraineté et du fait que c’est aux Togolais que revient in fine la responsabilité de trouver une solution. Cela est essentiel.

Cette crise politique vous a contraint à annuler le sommet Afrique- Israël prévu en octobre à Lomé. Vos invités ont-ils eu peur de l’insécurité?

Non. La décision d’annuler cette conférence a été prise par moi avant le début de la crise, même si elle a été annoncée après. J’avais le fort sentiment qu’il fallait mieux expliquer son bien-fondé auprès de mes pairs, afin que son intérêt en matière de coopération technique pour un développement durable ne soit pas occulté par le conflit israélo-palestinien.

Allez-vous pouvoir maintenir un taux de croissance à 5 % par an malgré la situation politique ?

Cette crise est néfaste pour le Togo, pays de l’Afrique de l’Ouest qui a le plus investi dans les infrastructures en pourcentage de son PIB. Le secteur privé doit prendre le relais mais la situation ne s’y prête guère, notamment parce que le risque politique renchérit le coût des investissements. Il est urgent qu’on en sorte, et, pour cela, que le dialogue se tienne. « Le dialogue, disait Houphouët-Boigny, c’est l’arme des forts. »

Le Rwanda est-il toujours, en matière de politique économique, une sorte de modèle pour vous ?

Un modèle de réussite, sans aucun doute.

Dominique Strauss-Kahn vous conseille dans vos relations avec le FMI. Est-ce utile?

Absolument. Il nous a été précieux dans la phase de négo- ciation de notre programme avec le Fonds. C’est un expert dans ce domaine.

Et Tony Blair ?

Le Tony Blair Institute intervient avec efficacité dans le domaine de la good governance, comme il l’a fait dans plusieurs pays d’Afrique anglophone et francophone.

Comment jugez-vous l’attitude de la communauté internationale à votre égard ?

Les gouvernements ont été en général respectueux de notre souveraineté car ils comprennent les enjeux en matière de stabilité politique au niveau de la sous-région. Je n’en dirais pas autant des médias internationaux : il y a eu beaucoup de désinformation et de mensonges de leur part. Le nombre des manifestants et celui des victimes ont été outrageusement gonflés, sur la base de ce que véhiculaient les réseaux sociaux.

Et le président français Emmanuel Macron ? Vous êtes-vous parlé à Abidjan, fin novembre, lors du sommet UA-UE?

Nous avons eu un bref échange au cours duquel il a exprimé le vœu que les élections législatives et locales prévues en 2018 se déroulent dans le meilleur des climats possible.

Une prochaine rencontre à l’Élysée est-elle envisageable ?

Je ne suis pas demandeur pour l’instant. Je préfère me consacrer en priorité à nos problèmes internes.

Les anciens présidents Rawlings et Obasanjo ont tous deux tenu des propos critiques à votre encontre. Leur en tenez-vous rigueur ?

Ils s’en sont, l’un et l’autre, expliqués depuis auprès de moi. Ils ont à présent bien intégré les vrais enjeux de cette crise.
L’incident est clos.

 Lors du congrès de l’Unir à la fin d’octobre, vous avez eu cette phrase : « Les réseaux sociaux m’ont transformé d’un homme simple en un dictateur sanguinaire. » Qu’est-ce à dire ?

C’est ce que les Américains appellent le « character assassi- nation ». On vous prête des actions, des intentions, des propos qui ne sont pas les vôtres au point que, lorsque vous lisez le résultat, vous vous dites : est-ce de moi que l’on parle ? Toujours,

L’opposition n’a pas de leçons de démocratie et de respect des droits de l’homme à me donner.

j’ai pensé que la conquête et la préservation du pouvoir ne pouvaient pas tout autoriser, qu’il y avait des lignes rouges à ne pas franchir. Pour moi, le respect de la vie humaine est sacré, absolument sacré. Or, si les mots ont un sens, un dictateur sanguinaire est quelqu’un qui tue et qui tue en série. Je veux bien admettre que ceux qui profèrent ce genre d’insanités n’en mesurent pas la portée et je n’ai pas de leçons de démocratie et de respect des droits de l’homme à donner à l’opposition. Mais cette opposition n’a pas plus de leçons à me donner en la matière.

Comment vivez-vous cette crise ?

Je suis triste pour mon pays. Au-delà de l’affichage d’inten- tions démocratiques, ce que cherchent mes adversaires c’est la captation du pouvoir avant le terme de mon actuel mandat. Tout cela est vain, mais le risque de ruiner la réputation du Togo auprès de la communauté internationale et des investis- seurs est, lui, bien réel. C’est pourquoi je suis déterminé à faire respecter l’État de droit et à protéger nos acquis économiques et sociaux dans l’intérêt de tous les Togolais.

La revendication de votre départ immédiat est une revendication maximaliste. N’est-ce pas plutôt une posture de négociation ?

C’est possible, même si je suis certain que certains ont cru que mon renversement par la force était faisable. C’est là le problème de notre opposition : poser des exigences irréalistes, être par la suite incapable d’expliquer à sa base pourquoi elles ne sont pas suivies d’effet et en être réduit à blâmer le gouvernement.

Vous avez succédé à votre père. Peut-on, pour autant, parler d’alternance ?

Je le crois, oui. Le Togo d’aujourd’hui, tous les observateurs, toutes les institutions internationales le reconnaissent, n’a plus guère à voir avec celui d’hier. Ce changement, je l’ai fait avec mon parti, qui s’est transformé, et avec les Togolais de bonne volonté. Si la presse est ce qu’elle est ici, libre et pugnace, si les manifestations de l’opposition peuvent se dérouler sans encombre, c’est bien parce qu’il y a eu dépénalisation des supports essentiels de la démocratie formelle.

Pourtant, vous êtes un Gnassingbé, fils de Gnassingbé. Impossible de vous défaire de cette étiquette dynastique, au point qu’on vous attribue, finalement, cinquante ans au pouvoir !

Je suis le fils de Gnassingbé Eyadéma et j’en suis fier. Devrais-je changer de nom pour satisfaire certains ? Et lorsque j’entends mes pairs qui l’ont connu me parler de lui avec admiration, pourquoi aurais-je honte du président Eyadéma ? Ce délit de patronyme n’a aucun sens par rapport aux trans- formations politiques, économiques et sociales que connaît le Togo depuis 2005. Lorsque viendra l’heure des campagnes électorales, alors nous débattrons devant le peuple avec de vrais arguments. Pour le reste, qu’on ne pense pas que je cherche à m’accrocher à tout prix au pouvoir.

Savez-vous vraiment ce que pensent les Togolais ?

Oui. Je parle peu mais j’écoute beaucoup et j’ai mes propres canaux d’information. Si j’ai placé mon actuel mandat sous le signe du social, c’est bien parce que j’ai constaté que la pauvreté n’avait pas assez reculé.

Une sortie de crise est-elle possible à court terme ?

Absolument. Mais à une condition : que l’on comprenne bien qu’il est impossible de laisser de côté nos institutions et notre Constitution pour se livrer à des arrangements politiques de circonstance. Avec le dialogue, qui permet de dépasser les slogans, le seul chemin praticable en démocratie, ce sont les élections. Les appels au soulèvement, à l’insurrection et autres stratégies extralégales n’aboutiront qu’à nous faire perdre du temps, beaucoup de temps. Chacun le paiera cher, à commencer par l’image même de notre pays qui est considéré aujourd’hui par les instances internationales comme faisant d’énormes progrès économiques et sociétaux. Je partage pleinement la vision de leaders de nouvelle génération comme Paul Kagame, Alpha Condé ou Nana Akufo-Addo, qui revendiquent une véritable indépendance à la fois politique, économique mais aussi culturelle et mentale des nations africaines. Je ne peux pas imaginer une seconde que le Togo régresse sur cette voie.

Source: https://www.cameroonweb.com/CameroonHomePage/world/Togo-int-gralit-de-l-interview-de-Faure-Gnassingb-Jeune-Afrique-428806

 

FRONT CITOYEN « TOGO DEBOUT »

APED, ASVITTO, Flambeau Citoyen, FTBC, LCT, LTDH, Missite , Mouvement des Artistes Engagés du Togo, NUBUEKE, Rameau de Jessé, REPAJOSEC, STT, SYNPHOT, UST, Winiga

Conférence Publique du Front Citoyen Togo Debout suite à l’Interview Accordée par le Président Faure Essozimna Gnassingbé au magazine jeune afrique sur la Crise que Traverse Notre Pays le Togo

Depuis le mois d’août 2017, le Togo traverse une des crises les plus graves de son histoire. De prime abord, cette crise est liée à l’absence de mise en œuvre des réformes institutionnelles et constitutionnelles, mais elle est aussi et surtout l’expression d’énormes frustrations étouffées, nées d’un profond malaise social.

Pourtant, plus de 4 mois après le début de la crise, le chef de l’Etat togolais ne s’est toujours pas adressé à ses concitoyens, en dépit des morts, des blessés, des mutilés, des déplacés, des réfugiés, des prisonniers d’opinion et des conséquences désastreuses pour l’économie. C’est seulement à travers les colonnes du magazine JEUNE AFRIQUE qu’il revient sur ces faits et cette sortie du chef de l’Etat appelle une réaction du FCTD sur les points suivants :

  • Sur les origines de la crise togolaise

A la question de savoir pourquoi et comment en est-on arrivé à la crise togolaise, le Président Faure GNASSINGBE feint d’en ignorer les causes et les raisons réelles en répondant qu’il est encore un peu tôt pour avoir une pleine compréhension de ce « mouvement assez complexe ».

Mais comment ignorer un si profond malaise social et politique savamment créé et entretenu dans et par le souci constant d’asseoir sa longévité au pouvoir ?

Nous affirmions dès la création du Front Citoyen TOGO DEBOUT que la crise révèle un profond malaise social :

  • Les paysans produisent sans que leur travail ne leur permette de nourrir leurs familles et de subvenir à leurs besoins fondamentaux .
  • Les revenus des salariés ne progressent pas en relation avec la hausse du coût de la vie.
  • Le système éducatif public est en pleine déliquescence avec des grèves d’enseignants et d’étudiants récurrentes d’année en année.
  • Le système de santé est en faillite et les formations sanitaires publiques démunies.
  • Les jeunes dans leur grande majorité sont au chômage sans le moindre espoir de s’en sortir
  • La difficulté pour la majorité de trouver à manger, de se soigner est une réalité et cela conduit à une misère abjecte, contraire à la dignité humaine tandis qu’une minorité vit dans une indécente opulence.
  • L’accès à l’eau potable, à l’électricité et aux moyens de communication demeure problématique pour la plupart des foyers.
  • Les entreprises privées surtout les PME, l’artisanat et le secteur informel sont étranglés par un système de fiscalité inique.

Tant de réalités qui montrent que les conditions de vie sont devenues très dures et ceci depuis plusieurs années déjà. Avoir décrété de façon péremptoire en 2015 un mandat social ne suffit pas à éradiquer la pauvreté et la vie chère, les problèmes d’éducation, de logement, de santé, de manque de travail qui affligent la grande majorité des Togolais. Surtout lorsque cette pauvreté et cette vie chère sont les conséquences de décennies de mauvaise gouvernance, caractérisée par l’accaparement des richesses par une minorité et la gestion opaque des deniers publics. Dans ces conditions, comment un responsable politique et de surcroit le chef de l’Etat, peut-il ignorer cette évidente réalité et feindre de ne pas se sentir responsable ?

Pour le Front Citoyen Togo Debout, il y a un lien de cause à effet entre ce malaise social et la crise politique.

  • Sur la question du retour à la constitution de 1992 dans sa version originelle

Dans son interview, le Président a  émis l’idée de l’impossible retour à la Constitution de 1992 en affirmant que la question de ce retour « a été vidée par les rédacteurs eux-mêmes, qui ont expliqué lors d’un colloque qu’il est illusoire, inopportun d’y revenir… La Constitution de 1992 était une Constitution partisane adoptée par une Assemblée monocolore. Elle a été rectifiée en 2002 par une autre Assemblée monocolore. Il fallait donc sortir de cette dichotomie des extrêmes. »

Dans cette déclaration nous sommes en face de deux erreurs historiques très graves.

D’abord, la Constitution de 1992 a été votée par tout le peuple togolais à plus de 97% à l’appel des responsables politiques de tout bord, dont le chef de l’Etat, feu Général GNASSINGBE Eyadema, et non par une  Assemblée nationale monocolore. De ce point de vue, cette Constitution nous apparait encore aujourd’hui, comme un texte de référence, un texte fédérateur, expression de la volonté générale, puis un texte impersonnel et obligatoire, aux allures démocratiques.

Ensuite, comment le Président peut-il  évoquer l’organisation d’un colloque pour affirmer l’impossibilité d’un retour à la Constitution de 1992 alors que ledit colloque n’a ni la légalité ni la légitimité d’un organe de décision et ne peut en aucun cas se substituer au peuple souverain. Ce peuple a voté la Constitution de 1992, le même peuple réclame aujourd’hui sa restauration.

Par ailleurs, parler d’erreur d’appréciation en qualifiant la légitime demande de la Conférence des Evêques d’un retour à la Constitution de 1992 est une forme d’inconvenance grave.

Le Front Citoyen Togo Debout réaffirme sa position sur la question du retour à la Constitution de 1992. Et ce retour serait :

  • Au plan politique, l’ouverture d’une véritable ère démocratique avec le respect des Lois de la Nation.
  • Au plan juridique, l’attestation de redonner à la volonté générale le caractère d’une loi qui s’impose à tous et construit une communauté. Et nul n’est au-dessus de la loi.

Le retour à la Constitution de 1992 serait une victoire du peuple et non d’un camp contre l’autre et un symbole de la souveraineté du peuple. Il marquera un pas dans notre histoire collective, celui de reconstruire  ensemble autour des valeurs démocratiques. Loin d’être une prise de position partisane, le retour à la C92 est un remède à un mal profond.

Cette Constitution consacre le principe de la limitation de mandat et des élections à deux tours. Elle prend ainsi en compte cette conception du pouvoir démocratique  selon laquelle  « la démocratie est le régime où la majorité reconnaît les droits des minorités car elle accepte que la  majorité d’aujourd’hui puisse devenir minorité demain et être soumise à une loi qui représentera des intérêts différents des siens mais ne lui refusera pas l’exercice de ses droits fondamentaux. » (Alain Touraine).

Cette conception du pouvoir manifeste l’alternance comme un droit naturel. Elle met ainsi en exergue la participation citoyenne et le respect des droits fondamentaux de chaque être humain. D’ailleurs, le motif fondamental, la raison première et majeure qui a guidé les rédacteurs de la Constitution de 1992 à limiter le mandat présidentiel était le souci d’alternance politique qui s’accomplit lorsque des partis politiques appartenant à des courants politiques différents se succèdent au pourvoir par le canal d’élections libres, transparentes et honnêtes. Contrairement à ce que le Président Faure a répondu au magazine Jeune Afrique, cette réalité de l’alternance n’est pas encore effective au Togo, seul pays de la sous-région ouest-africaine. Car en effet le Président Faure a succédé à son père, dans le cadre du parti Rassemblement du Peuple Togolais (RPT). Et la transformation de ce parti en Union pour la République (UNIR), avec les mêmes personnes, le même courant de pensée, les mêmes méthodes de gouvernance et de gestion des affaires de la citée, ne peut jamais s’analyser en une alternance.

A cet égard, l’élaboration d’une nouvelle Constitution pour passer à une nouvelle République, sans garantie d’alternance, serait une fuite en avant.

  • Sur la question du respect des droits de l’Homme et des principes démocratiques

Sur cette question, le Président se moque éperdument des Togolais. Il dit que la conquête et la préservation du pouvoir ne pouvaient pas tout autoriser, qu’il y avait des lignes rouges à ne pas franchir. Pour lui, « le respect de la vie humaine est sacré, absolument sacré ». « Or, si les mots ont un sens, un dictateur sanguinaire est quelqu’un qui tue et qui tue en série ».

En clair, le chef de l’Etat pense qu’il faudrait soi-même manier une arme pour assassiner avant d’être un sanguinaire. Mais il oublie que le commanditaire qui a le pouvoir d’arrêter l’effusion de sang et qui ne le fait pas est tout aussi coupable ! Il oublie que la Constitution fait de lui, en sa qualité de chef d’Etat, le chef des armées ! Il oublie qu’il cumule en ce moment même, outre sa responsabilité de chef des armées, le poste de Ministre de la Défense ! Et les tueries, les exactions commises le sont à son profit ! Il oublie le coup d’Etat perpétré dans la nuit du 5 février 2005 dont il a été bénéficiaire, un crime imprescriptible qui en principe l’empêchait constitutionnellement de solliciter le suffrage du peuple ! Il oublie enfin les massacres qui ont eu lieu avant, pendant et après son élection en avril 2005! L’histoire, elle, n’oublie pas…

Sur ce point, le Front Citoyen Togo Debout lance ce message solennel au chef de l’Etat Faure Essozimna GNASSINGBE :

« Monsieur le Président, si la conquête du pouvoir se fait à travers les urnes, sachez que pour ce qui vous concerne, vous avez franchi la ligne rouge à maintes reprises, vous avez confisqué le pouvoir laissé par votre père, vous avez accepté les massacres de vos concitoyens pour asseoir le vôtre. Héritier « du pouvoir de votre père » qui a fait 38 ans de règne sans partage, pouvoir que vous continuez d’exercer au mépris de la volonté de la grande majorité des populations togolaises depuis plus de 12 ans, nous vous prions de reconnaître que vous êtes le problème à la crise et vous prions respectueusement d’en tenir compte dans les discussions qui vont bientôt s’ouvrir, en vue d’une sortie pacifique, durable et définitive de cette crise ».

  • Sur la question des mesures d’apaisement comme préalables au dialogue

Le Front Citoyen Togo Debout prend acte des mesures déjà prises par le gouvernement pour décrisper l’atmosphère sociopolitique et créer un climat propice au dialogue. Le Front Citoyen Togo Debout demande cependant au gouvernement de solder le reste des mesures d’apaisement et de confiance relatives à la libération des détenus politiques, notamment les personnes interpellées dans les dossiers des incendies et des manifestations. Le Front Citoyen Togo Debout demande également au gouvernement de garantir l’effectivité des libertés de réunion et de manifestation pacifiques publiques aux populations des villes de Mango, Niamtougou, Kara, Bafilo et Sokodé.

Ce sont des mesures à la fois purement républicaines et de confiance qui sont de nature à créer une atmosphère sereine pour le déroulement des discussions.

  • Sur la question de la médiation du dialogue

Le Front Citoyen Togo Debout est conscient que les Togolais doivent faire l’effort de se parler entre eux.

Cependant, le Front Citoyen Togo Debout pense à juste titre et à raison qu’une discussion directe sans médiation entre acteurs et protagonistes de la crise s’avère impossible, vu la profondeur de la crise actuelle, le climat de méfiance entre les acteurs, et compte tenu des différents dialogues, discussions, négociations, engagements et autres accords passés et restés sans suite. Il est donc plus qu’impérieux, voire indispensable que les discussions en vue puissent se dérouler sous la houlette d’une médiation. Cette médiation aura pour but de faciliter les discussions, de rapprocher les points de vue, mais aussi et surtout de préconiser le suivi et la mise en œuvre des différents engagements et accords qui en seront issus.

Le Front Citoyen Togo Debout salue à cet effet les efforts déjà entrepris par leurs Excellences Alpha Condé, Président de la République de la Guinée-Conakry, Président en exercice de l’Union Africaine et Nana Akufo-Addo, Président de la République du Ghana.

  • Sur le caractère inclusif ou non du dialogue

Sur cette question, la position du chef de l’Etat est qu’au sein de l’opposition, « il y a des partis représentés à l’Assemblée et des partis extraparlementaires : ils devront décider s’ils y viennent séparément ou en coalition. Nous avons aussi des partis qui n’ont ni manifesté ni revendiqué et qui agissent dans le cadre des institutions. Ceux-là aussi ont le droit de participer « .

Il est clair, à travers ses propres propos, que les partis qui manifestent sont ceux qui revendiquent. Il va donc sans dire qu’un dialogue qui a pour but de mettre fin à cette crise ne peut se faire qu’entre le pouvoir et ceux qui revendiquent, sous l’œil vigilant d’une médiation.

Inviter des partis qui n’ont ni manifesté ni revendiqué, comme le dit le chef de l’Etat lui-même, et qui ne sont donc pas acteurs de la crise, revient à banaliser cette crise, à disperser les énergies et afficher une volonté manifeste de déplacer une fois encore le problème sans une solution réelle. On retomberait par ce fait même, dans les erreurs du passé qui font perdurer et enliser la crise togolaise.

Pour le Front Citoyen Togo Debout, de l’examen conscient et réaliste de cette question découlera la volonté réelle et sincère de discuter. C’est pourquoi le Front Citoyen Togo Debout n’exige pas sa présence effective au dialogue. Il restera cependant en état de veille et gardien de ce dialogue et n’acceptera pas que des compromis politiques partisans se fassent sur le dos du peuple.

  • Sur la question de la transition

Le chef de l’Etat a également affirmé qu’il y aura un dialogue et un référendum, mais pas de conférence nationale bis.

  • Sur la question du référendum, le Président Faure sait lui-même, même s’il s’agit pour lui d’exercer un droit ou une prérogative constitutionnelle, que l’immense majorité des populations togolaises a rejeté l’idée d’un référendum parce qu’il est dispendieux, onéreux (comme le disent ses propres conseillers) et surtout inopportun, mais encore les institutions chargées de sa mise en œuvre sont concernées par les réformes objet des discussions pour l’issue de la crise.

A ce propos, le FCTD réaffirme sa position de principe qu’aucune élection dans les conditions actuelles, c’est-à-dire sans les réformes politiques préconisées, qu’elle soit référendaire, locale, législative ou présidentielle, ne pourra apporter une solution à la crise, mais ne fera que l’amplifier. Donc pas de référendum.

  • Sur la question d’une conférence nationale bis ! Le FCTD marque son accord quant à un dialogue qui renfermera des discussions franches et sincères, pour en faire un dernier dialogue, pour une sortie pacifique, durable et définitive de la crise, en vue de prémunir notre pays de l’instabilité récurrente et l’engager sur les chantiers de développement qui attendent encore. Pas de règlement de comptes, ni de chasse aux sorcières, le Togo étant le patrimoine commun de tous les Togolais.

Cependant, le FCTD pense que l’idée d’un dialogue qui s’ouvre sur une période transitoire ou qui débouche sur la mise en place d’organes de transition, chargés d’opérer les réformes, est indispensable et reste la solution idoine, voire la seule option pour une sortie pacifique, durable et définitive de la crise.

La forme récurrente de la crise togolaise commande à marquer un arrêt et à éviter toute précipitation.

Si le dialogue, comme le rappelait le Président en citant Houphouët-Boigny, c’est l’arme des forts, il ne doit pas être une astuce qui consiste à déplacer les problèmes sans y apporter des solutions appropriées et d’asseoir, par son canal, une longévité au pouvoir.

  • Sur l’appel à l’intensification de la mobilisation

Le FCTD se félicite de la mobilisation des uns et des autres en faveur du changement et de l’alternance. Il remercie particulièrement la diaspora togolaise et répond favorablement à l’appel patriotique relatif à l’unification des forces au sein du mouvement mondial, en vue de l’intensification de la mobilisation pour nous affranchir de la longévité du pouvoir, de l’accaparement des richesses par une minorité, de l’injustice sociale et de la misère du peuple togolais.

Fait à Lomé le 26 décembre 2017

 

LE FRONT CITOYEN TOGO DEBOUT

 

TOGO :  ARROGANCE, MEPRIS ET MENSONGES DE FAURE GNSSINGBE DANS JEUNE AFRIQUE – REPONSE DU BERGER A LA BERGERE

http://www.togo-online.co.uk/opinions/togo-arrogance-mepris-mensonges-de-faure-gnassingbe-jeune-afrique-reponse-berger-a-bergere/






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