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Sept ans après la CDPA, Djimon Orè découvre que la transition est la solution à la crise sociopolitique togolaise et s’en fait le chantre…

Djimon Oré, président du Front des patriotes pour la démocratie (FPD), reçu ce mercredi sur la radio Victoire FM, a eu la dent très dure contre le dialogue politique qui s’ouvre jeudi 15 février. Avant d’exposer sa trouvaille, il s’est vanté une énième fois d’être à ce jour, le seul et unique responsable de parti politique à préconiser une transition, comme solution pour sortir le Togo de la crise sociopolitique récurrente qu’il traverse depuis 1990, alors que la CDPA en parlait déjà en 2010.

Djimon Oré, président du Front des patriotes pour la démocratie (FPD), reçu ce mercredi sur la radio Victoire FM, a eu la dent très dure contre le dialogue politique qui s’ouvre jeudi 15 février. Selon lui, ce dialogue s’apparente à de l’amusement ; c’est de l’irresponsabilité, une fuite en avant, un gaspillage des ressources nationales. En lieu et place de ces négociations annoncées entre le régime cinquantenaire et les forces démocratiques, Djimon Oré préconise une assise nationale qui déciderait de la dissolution de l’Assemblée nationale et de la mise en place d’un gouvernement de transition avec ou sans l’actuel chef de l’Etat, Faure Essozimna Gnassingbé et aussi d’une assemblée constituante ayant pour mission de proposer une nouvelle constitution.

Avant d’exposer sa trouvaille, le président du FDP s’est vanté une énième fois d’être à ce jour, le seul et unique responsable de parti politique à préconiser une transition, comme solution pour sortir le Togo de la crise sociopolitique récurrente qu’il traverse depuis 1990, voir au delà.

En faite cette idée de transition comme solution à la crise togolaise, est loin d’être nouvelle. Déjà le 5 octobre 2010, sur la base d’un bilan sans complaisance des 20 ans de lutte pour la démocratie et au regard des défis considérables à relever et qui interpellent l’ensemble des acteurs politiques, toutes tendances confondues, la CDPA écrivait qu’il est illusoire de croire qu’un parti peut, à lui tout seul y faire face. La renaissance du Togo passe forcément par l’adhésion de l’ensemble de la classe politique au Togo à un Pacte républicain.

Le Pacte républicain n’est autre chose que cette fameuse transition que monsieur Djimon Oré découvre et s’en prévaut. Pour la CDPA, il serait un contrat solennel entre les acteurs de la scène politique togolaise ayant une conscience aigüe de la nécessité de mettre en commun leurs énergies, au-delà des considérations partisanes en vue de créer les conditions d’une vie politique normale au Togo. Il imposerait la nécessité de revisiter l’histoire pour prendre en compte les contentieux à la base des crises politiques cycliques qui ont jalonné l’évolution du Togo. Le Pacte républicain aborderait sans tabou toutes les questions afin de leur trouver des approches de solution, notamment les questions liées à la violence et l’impunité, à l’ethnocentrisme et au régionalisme, à la corruption et l’achat des consciences, aux textes inadaptés régissant nos institutions politiques et administratives, aux problèmes de la pauvreté… Ce préalable à une alternance politique exige des différents acteurs un courage politique et une réflexion qui va au-delà des préoccupations électoralistes. Ces idées d’une transition consensuelle sont contenues développées dans le document 5 octobre 1990 – 5 octobre 2010 : bilan et perspectives,  ci-après. Au moment de sa parution il fut distribué à tous les partis politiques et aux médias ; mais il fut peu relayé et aucun parti rencontré à la demande de la CDPA, y compris l’UFC où siégeait Djimon Oré à l’époque, n’a donné suite au plaidoyer de la CDPA.

Hampaté Ba Junior

 

5 OCTOBRE 1990 –  5 OCTOBRE 2010 : BILAN ET PERSPECTIVE.

Il y a exactement 20 ans, les Togolaises et les Togolais descendirent par milliers dans la rue, prêts à en découdre avec le régime de dictature qui leur est imposé depuis des décennies. Ce jour là, la colère que le peuple a du mal à contenir face à l’oppression éclate au grand jour. Cette explosion sociale marque incontestablement le début du processus de démocratisation dans notre pays. Quel en a été le contexte ? Quels ont été les acquis, mais aussi les faiblesses tout au long du parcours ? Pourquoi le régime a-t-il vacillé, mais ne s’est pas écroulé ?

Un bilan exhaustif et sans complaisance s’impose. Un bilan non pas pour régler des comptes, mais pour éclairer le présent et pour mieux entrevoir l’avenir. Un tel bilan ne saurait être l’affaire d’un seul parti, et moins encore d’une seule personne.

La CDPA se propose ici simplement, de jeter quelques bases de réflexion afin de proposer la VOIE  pour renouer avec les valeurs du 05 octobre.

CONTEXTE DU SOULEVEMENT POPULAIRE DU 05 OCTOBRE.

 L’explosion sociale du 05 octobre intervient moins de 11 mois après la chute du mur de Berlin (9 novembre 1989) et moins de 4 mois après le discours de la Baule (20 juin 1990). On ne saurait donc déconnecter  la fièvre émancipatrice au Togo de ces évènements sans pour autant accorder à ceux-ci le primat en termes de causalité.

De toute évidence, à la veille de ce 05 octobre 1990, les signes annonciateurs d’un bouleversement social sont palpables.

En effet, le Togo venait de boucler deux programmes d’ajustement structurel et des programmes de stabilisation financière, avec leur cortège de licenciements, de mise à retraites anticipées de fonctionnaires, de chômage endémique de jeunes et de réduction des dépenses sociales. Et pourtant au cours des années 1970, d’immenses ressources avaient été dégagées grâce à la vente des phosphates, et on promettait aux togolaises et togolais le décollage économique pour 1985 ; mais en lieu et place de celui-ci, c’est la pauvreté qui fut au rendez-vous malgré. Cette situation économique est amplifiée par une grave fracture sociale nord/sud, initiée par le pouvoir colonial, puis encouragée et nourrie par les autorités politiques togolaises qui se sont succédées depuis l’indépendance. Elle gangrène l’administration, l’armée, l’éducation nationale, … et  empoisonne le climat socio politique, freinant toute initiative allant dans le sens du développement.

L’immense majorité des Togolais croupit dans la misère, alors qu’une infirme minorité gouvernante s’empiffre insolemment, sans qu’une seule voix ne puisse crier assez, à cause du système de terreur mis en place et qui anesthésie toute velléité de contestation. Les tentatives de déstabilisation organisées à l’extérieur se sont soldées pas des échecs à cause de l’improvisation qui marque leur organisation et ont amplifié la répression.

C’est dans cet environnement que des jeunes (Logo Hilaire, Efui Kossi, Doglo Agbélenko, …), des anciens militants de la FEANF (Martin Adimado Aduayom, Lucas Anfantchao, …) et des anciens syndicalistes (Pr Léopold Messan Gnininvi, Sassou Bertin,…), épaulés par le directoire de la CDPA (Emmanuel Go Konu, Godwin Tété et Isidore Lazoo) basé à Paris, ont importé et implanté une lutte structurée et organisée au Togo. Leur lutte pour la démocratie est marquée par la publication de l’Alternative, la rédaction et la distribution de tracts révélant les injustices du régime en place, la lettre ouverte au Président de la 3ème  République dénonçant les répressions du système RPT, exigeant l’amnistie générale des prisonniers et exilés politiques et réclamant la tenue d’une assise nationale.

 LE 05 OCTOBRE 1990 : QUE S’EST-IL PASSE ?

Le 23 août 1990, treize jeunes de la CDPA clandestins sont appréhendés et torturés, afin qu’ils livrent d’autres noms, mais c’est peine perdue car le réseau CDPA était bien cloisonné. Plus tard, tous ces jeunes, sauf Logo et Doglo, furent libérés. Lors du procès de ceux-ci, ils réussirent à ébranler l’accusation d’outrage au Chef de l’Etat qui pesait sur eux et le verdict fut renvoyé au 5 octobre 1990.

Le mouvement du 5 octobre 1990 est le résultat du travail du réseau clandestin de la CDPA, qui mobilisa une frange de la jeunesse de Lomé pour exprimer sa solidarité aux prévenus et le ras-le-bol de la jeunesse. La brèche déterminante de la lutte contre le système dictatorial mis en place depuis 25 ans est enfin ouverte ; depuis l’histoire de notre pays s’est accélérée.

DU 05 OCTOBRE 1990 A LA CONFERENCE NATIONALE SOUVERAINE (CNS)

Les dirigeants d’alors ont pensé que le soulèvement du 05 octobre n’est qu’un mouvement d’humeur  qui ne manquera pas de s’essouffler rapidement. Ils se sont lourdement trompés. En paraphrasant Ouezzin Coulibaly, l’on peut dire que les Togolais ne se sont pas réveillés pour aussitôt retourner se coucher.

En effet, les jours, semaines et mois qui suivent, la contestation monte en puissance, avec une intensité insoupçonnée : manifestations des femmes, des différents mouvements de jeunes, grèves, naissance du FAR etc…

Après avoir opté pour la méthode forte en s’adonnant à une répression féroce, le régime finit par céder à la pression populaire en signant l’accord du 12 juin qui conduit à la Conférence Nationale Souveraine (CNS).

 LA CONFERENCE NATIONALE SOUVERAIN (CNS) : JUILLET- AOUT 1991.

La CNS a été sans doute la conférence la plus « longue » en Afrique. Cette durée à elle seule témoigne du climat qui a prévalu tout au long de son déroulement. Le passé s’y est fortement invité au dépend d’une vision pour l’avenir. Rien d’étonnant que les travaux aient abouti à des résultats mitigés.

Les acquis :

A la faveur de l’autorisation du multipartisme, de nombreux partis politiques ont vu le jour. La liberté d’expression est totale. Les formations politiques comme de la société civile en font largement usage. Le régime est pourfendé et décrié tous azimuts. Chaque jour apporte son lot de déballages.

C’est un pouvoir complètement affaibli qui a accepté la mise en place d’un gouvernement et d’un parlement (HCR) de transition. Mais en fait, à l’ombre de ces acquis, apparaissent de sérieuses faiblesses et lacunes.

 Les Faiblesses et lacunes.

Le camp contestataire s’est présenté à la CNS sans une stratégie affinée. A tort, le multipartisme à été perçu comme l’entrée dans une ère démocratique. A la veille de la conférence, le COD1 a été dissout. C’est sans doute l’erreur la plus grave commise par l’opposition. Ce faisant, une compétition sourde s’instaure dans les rangs de l’opposition et apparaît au grand jour avec le choix du Premier Ministre de la transition. La plupart des leaders,  parce qu’ils lorgnent le fauteuil présidentiel ne présentent pas leur candidature à ce poste de Premier Ministre, mais par des calculs intéressés, s’investissent à pas feutrés ou ouvertement dans la campagne dont on connaît les résultats.

 UNE TRANSITION CHAOTIQUE…

La mission prioritaire de la transition est de faire aboutir les revendications du 05 octobre qui sont aussi les aspirations profondes du peuple togolais, de sorte que le pays passe de la dictature à la démocratie. C’est un  échec du fait de la résistance du RPT tandis que la part de responsabilité de l’opposition n’est pas négligeable.

En effet, la conjugaison des errements des uns et des autres a  conduit à un blocage politique aux lendemains de la CNS. Aucune décision de ces assises ne fut mise en application jusqu’au coup d’Etat du 3 décembre 1991 qui a remis en cause les acquis fondamentaux de la lutte.

 Responsabilité du RPT.

Lorsque le régime RPT a eu le dos au mur, il a fait des concessions. Dès que l’étau s’est desserré, il renoue avec les méthodes fortes.

L’attaque contre la primature, les agressions  contre les membres du HCR, les assassinats de Tavio Amorin, Doe Bruce, l’agression de Soudou, le massacre de Fréau jardin, les expéditions punitives du 30 janvier 1993 qui se sont soldées par le départ en exil de plusieurs dizaines de milliers de Togolaises et Togolais …, la liste est longue des actes perpétrés pour déstabiliser la transition.

Cette stratégie de terreur pour la conservation du pouvoir plonge le pays dans une situation de crise larvée. L’Union Européenne suspend son aide au Togo, le pays est mis en quarantaine internationale, mais le régime RPT poursuit sa fuite en avant. A l’hostilité de plus en plus tenace et vive du peuple, le régime continue à répondre, non seulement par la répression, mais aussi par la dilapidation des maigres ressources dont dispose encore le pays et à accentuer la fracture sociale nord/sud à travers des nominations fantaisistes aux postes de responsabilités administratives comme politiques.

Toutes les opportunités de sortie de crise ont été des occasions manquées. Agrippé désespérément au pouvoir, le RPT use de tous les moyens pour la survie d’un régime plus que jamais décrié et discrédité : violation et/ou manœuvres de contournement des accords contractés avec l’opposition sous la pression populaire et des partenaires en développement (Accord de Ouaga en 1993, Accord cadre de Lomé en juillet 1999, Accord Politique Global pour ne citer que ceux là), farces électorales ponctuées souvent par une répression féroce (scrutins présidentiels de 1993, 1998, 2003, 2005 et 2010, les élections législatives de 1994, de 1999, de 2002…), toilettage de la constitution, instrumentalisation de l’ethnocentrisme etc…

Au total, 20 ans après le 05 octobre, notre pays, au-delà des apparences, souffre toujours d’un déficit démocratique chronique et le RPT porte une lourde responsabilité dans une telle situation. 20 ans après le 05 octobre, notre pays connaît toujours le cycle infernal  « élections-violence-dialogue…. »  Mais, force est de reconnaître que l’opposition, par ses multiples erreurs, a ouvert la brèche que le régime a largement exploitée pour commettre sa forfaiture.

 Responsabilité de l’opposition.

Pour donner une chance à la cohésion de l’opposition, le Pr. Gnininvi, à la surprise générale, met fin à la compétition qui,  au second tour lors du choix du Premier Ministre de la transition, devait l’opposer à Me Koffigoh. Ce dernier n’a pas su mesurer toute la portée de ce geste. Très vite, sa gestion de la transition lui vaut l’hostilité d’une large frange de l’opposition qui finit par exiger sa démission. Dès lors, le Premier Ministre de la transition, maintenu  à ce poste contre la volonté de ses amis d’hier, est perçu comme un allié objectif du régime RPT.

Pendant ce temps, l’opposition elle-même est traversée par de nombreux courants. Le COD2 péniblement mis en place n’est pas un modèle de cohésion. De la gestion de l’accord de Ouga en juin 1993 à la gestion de l’accord politique global (APG) en passant par la gestion de la victoire d’une frange de l’opposition aux législatives de 1994, la liste est longue des occasions manquées. Quelques exemples ?

  • L’Accord de Ouaga en juin 1993 : l’opposition l’avait signée avec la conviction que, dans tous les cas de figue, elle gagnait le scrutin présidentiel à l’horizon si elle présentait un candidat unique. Un manifeste a été apprêté à cet effet. Mais aussitôt après la signature de cet accord, certains partis font un revirement spectaculaire, refusant les uns de signer le Manifeste, d’autres allant même jusqu’à dénoncer l’accord.
  • Le boycott du scrutin présidentiel de 1993 : l’opposition laisse le RPT seul mettre en application cet accord et se préparer pour la reconquête du pouvoir; pendant ce temps elle se déchire sur la stratégie pertinente pour gagner le premier tour des élections présidentielles. Fallait il une stratégie de l’union (thèse défendue par la CDPA, l’UTD), une stratégie de ratisser large en présentant deux candidats (thèse du le PDR),  trois candidats contre le candidat du RPT (thèse avancée par le CAR) ou une stratégie du ‘’moi ou pas d’élection’’ (approche décidée par Gilchrist Olympio et des partis qui  se fédéreront plus tard pour former l’UFC) ? Finalement  ce fut cette dernière qui s’imposa de fait, à coup de chantage et de manipulation de la population. Le rejet du candidat unique de l’opposition et son retrait est une occasion manquée. Le 25 août 1993, le général Eyadéma, qui se retrouve dans la course sans adversaire de taille, est proclamé vainqueur du premier tour des élections présidentielles, massivement boycottées par le peuple qui n’avait pas compris l’enjeu.
  • Les législatives de 1994 : le CAR et l’UTD, les seuls partis à se présenter à ces élections gagnent, mais faute d’entente, le pouvoir est conservé par le RPT.
  • Le dialogue de 1999 ayant débouché sur l’accord cadre de Lomé (ACL) : Gilchrist Olympio débarque à Lomé ; sans concertation préalable avec les autres leaders et en pleine plénière il déclare n’avoir à discuter qu’avec le Général Eyadema. On connaît l’effet produit par une telle attitude ;
  • Le choix du candidat unique de l’opposition lors du scrutin présidentiel de 2005. Sous la pression du peuple, les partis de l’opposition se coalisent pour le choix d’un candidat unique. La question du choix du candidat fut encore une fois posée en termes de personne, plutôt que de mission à accomplir avant et surtout après les élections. L’UFC impose son choix en laissant entendre que c’est à prendre ou à laisser. Pendant ce temps le régime RPT continue avec ses pratiques d’imposture et ignore la demande de l’opposition de reporter le scrutin dont les préparatifs étaient bâclés.
  • L’acte posé par le ministre Boko avant l’élection présidentielle d’avril 2005 et la réaction de l’opposition : Le 22 avril 2005, deux jours avant le scrutin un officier de gendarmerie et de surcroit Ministre RPT en charge de la sécurité et des élections demande lui aussi la suspension du processus électoral tout comme l’exigeait l’opposition, arguant que les risques de dérapage sanglants étaient réels. Il propose la mise en place d’une véritable transition politique pacifique. L’opposition coalisée fut incapable de mettre à profit le désarroi dans le camp RPT qui a suivi cette déclaration ; elle poursuit sa campagne qui augure déjà un scrutin à hauts risques. Ce fut  là une occasion manquée.
  • L’accord politique global (APG) : l’UFC refuse de rentrer dans le gouvernement d’union nationale pourtant préconisé par l’APG et présente ceux qui ont honoré leur engagement comme des traîtres.
  • L’accord signé par Gilchrist Olympio avec le RPT en mai 2010 à l’exclusion des autres partis et un gouvernement UFC-RPT est mis en place.

On peut multiplier à l’infini ces erreurs de l’opposition. Conséquences ? Le RPT est minoritaire dans le pays, mais continue à détenir les rênes du pouvoir. Ce faisant, en dépit de quelques maigres avancées, force est de constater que les revendications à la base du 05 octobre demeurent encore un mirage. C’est dire que 50 ans après notre indépendance, et 20 ans après le début du processus de démocratisation dans notre pays, les acteurs politiques ne sont pas arrivés à se surpasser pour s’accepter mutuellement et travailler ensemble à solder le passé et instaurer les bases solides d’une vie démocratique normale.

QUE FAIRE MAINTENANT ?

En fait, depuis la conférence nationale souveraine, notre pays s’est installé dans le cycle « élection-violence-négociation. » Comment sortir de ce cycle infernal?

Aujourd’hui, le Togo est un pays toujours en crise, avec une  une situation explosive. La CDPA ne peut qu’être vivement préoccupée  quant à la tournure que prennent les évènements. En effet, depuis le scrutin présidentiel de mars 2010, la dégradation de la situation sociopolitique dans notre pays ne cesse de s’aggraver. Cette échéance n’a pas mis fin au cycle élection-violence  auquel  le Togo s’est abonné depuis des années. La classe politique n’ayant pas réussi à trouver des solutions idoines aux préalables à des élections dont les résultats s’imposent à tous les acteurs, les mêmes causes ont produit les mêmes effets : élection-contestation-répression, le tout sur un fond de crise sociale.

Si une telle situation devait perdurer, il y a à craindre des lendemains de tous les dangers pour le Togo au regard des défis à relever : aujourd’hui, 61,7% de nos populations vivent au-dessous du seuil de pauvreté tandis que les Indicateurs de Développement Humain (IDH) en 2009 classent le Togo au 159e rang sur 182 pays. C’est dire que les défis à relever sont considérables. Comment y faire face ?

Pistes pour une solution durable à la crise.

Ces défis qui interpellent l’ensemble des acteurs politiques, toutes tendances confondues. Dans le contexte historique et politique qui est le nôtre, il est illusoire de croire qu’un parti à lui seul peut y faire face. Ayons le courage de le reconnaître, notre égo a trop souvent pris le pas sur l’intérêt commun et c’est là une des sources de nos échecs. Tirant donc les leçons de nos expériences passées. la CDPA pense que la renaissance du Togo passe par :

  1. Le retour aux valeurs du 05 octobre 90, à savoir démocratie, respect des droits de l’homme, bonne gouvernance, lesquelles doivent être notre boussole dans la voie de la renaissance du Togo.
  2. Pour cela, les principaux acteurs doivent réaliser que c’est en eux-mêmes qu’ils doivent trouver les ressources nécessaires pour relever les défis ci-dessus mentionnés. La «facilitation» a montré ses limites, lorsque la volonté politique clairement affirmée et effectivement assumée par les premiers concernés que nous sommes fait défaut.
  3. Le constat que la somme des petites ambitions ne fait pas nécessairement une grande ambition. Si le salut du Togo est notre ambition commune, cette grande ambition, alors nous devons agir vite, avant qu’il ne soit trop tard. Mais, concrètement, agir comment ?
  4. Fédérer les énergies et les initiatives. Depuis son quartier général, chaque formation politique ou de la société civile proclame sa vision. Mais jamais des échanges approfondis, en somme des discours parallèles et souvent inaudibles. En réalité, entre l’alternance, le pacte républicain, la cogestion, la refondation de la République, la Charte de refondation de la Démocratie etc… des uns et des autres, n’y a-t-il pas possibilité de dégager une vision commune pour répondre aux aspirations du peuple togolais?
  5. Pour la CDPA, cela est non seulement possible, mais c’est un passage obligé. Il s’agira de définir une plate forme d’entente minimale, mise en œuvre par un mécanisme transitoire de nature à créer les conditions de l’alternance tant souhaitée par les Togolaises et les Togolais dans leur large majorité.
  6. A qui reviendrait l’initiative d’une telle démarche? Dans sa déclaration en date du 23 avril relative à la situation née du scrutin présidentiel de 2010, la CDPA a indiqué clairement que les tenants du pouvoir doivent trouver les voies et moyens pour arrêter l’hémorragie et appeler à la concertation car dans tout pays, c’est d’abord le pouvoir qui a obligation de résultat.
  7. Les partis d’opposition ont leur part de responsabilité. Plus que jamais, la preuve est faite que les élections à elles seules ne constituent pas une solution au mal togolais. Au mieux elles permettent d’attribuer un rang à chaque formation, au pire, et c’est souvent le cas, elles débouchent sur des drames, le peuple togolais étant le grand perdant. Il est temps que soit mis fin à cette danse en rond qui n’a que trop duré. Les partis d’opposition doivent savoir que dans les circonstances actuelles, ils ont eux aussi un devoir de contribution et de vigilance. Pour cela, ils doivent s’entendre sur le minimum, de nature à ouvrir la voie à l’alternance et pour que notre pays soit gouverné autrement.

Au total, 50 ans après notre accession à la souveraineté internationale et 20 ans après le début du processus de démocratisation, la situation chaotique de notre pays interpelle toutes les formations politiques, toutes tendances confondues. Elle interpelle toutes les filles et tous les fils de notre pays. De gros nuages sont à l’horizon. Il ne serait pas raisonnable d’attendre l’orage avant de chercher refuge. Evitons à notre peuple ce qui peut s’apparenter à un suicide collectif. Des initiatives hardies doivent être prises avant qu’il ne soit trop tard. C’est fort de ces préoccupations que la CDPA propose à l’ensemble de la classe politique togolaise le Pacte Républicain.

 Le Pacte Historique pour un nouvel ordre républicain au Togo

 La CDPA, après avoir procédé à l’analyse de la situation politique et socio économique du pays, a conclu à la nécessité d’un Pacte historique pour la sauvegarde du Togo. Qu’est-ce que le Pacte Historique ? Pourquoi le Pacte Historique ? Comment le Pacte Historique ?

Le Pacte Historique : approche conceptuelle                              

Le Pacte est un engagement fort entre les parties contractantes en vue de faire aboutir un idéal. Appelé « Zo-dudu » en pays ewe, «nondamtu » dans l’aire culturelle kabye, «  Bi dole lieb » en pays moba, …, cette pratique a une haute portée dans les sociétés traditionnelles africaines et toute transgression par rapport à la parole donnée expose son auteur à de graves conséquences. Ici, il s’agira d’un contrat solennel entre les acteurs de la scène politique togolaise ayant une conscience aigüe de la nécessité de mettre en commun leurs énergies, au-delà des considérations partisanes en vue de créer les conditions de vie politique normale au Togo. Un tel acte sera historique à un double titre : d’abord en raison d’une vision porteuse d’une ambition annonciatrice d’une ère nouvelle pour nos populations et ensuite parce que devant impliquer la nécessité de revisiter notre histoire pour prendre en compte les différents contentieux qui sont à la base des crises politiques cycliques qui ont jalonné l’évolution de notre pays.

Pourquoi un Pacte Historique?

Que ce soit la période de notre quête pour l’indépendance, des premières années de notre accession à la souveraineté internationale, de la longue nuit de dictature et de monopartisme ou du processus de démocratisation déclenché en octobre 1990, le parcours a été chaotique : la violence politique et l’instrumentalisation de l’ethnocentrisme et du régionalisme étaient devenue les moyens de conquête, de conservation et d’exercice du pouvoir. Dès lors, se trouve constitué un terreau particulièrement favorable au développement de la corruption, à l’achat des consciences, le tout solidement adossé à l’impunité qui est la racine profonde du mal togolais. Il est aisé alors de comprendre pourquoi les textes régissant nos institutions politiques et administratives sont « toilettés » pour préserver une telle architecture. Rien d’étonnant si la gouvernance qui découle d’un tel assemblage fait du Togo un pays sinistré au plan économique et social, ce qui se ressent aujourd’hui très sévèrement dans le panier de la ménagère. Pour remédier à cette situation, il faut identifier sans complaisance les origines des composantes structurant le mal togolais.

2-1          Violence politique et impunité 

C’est la même logique. Un crime impuni ne peut qu’engendrer des petits. La violence politique ne cesse de se nourrir de l’impunité qui a cours dans notre pays depuis longtemps.

2-2          Ethnocentrisme et régionalisme 

L’oiseau noir s’approprie le nid de l’oiseau blanc. En Afrique une des armes utilisées par les colons pour imposer leur ordre a été la politique « diviser pour régner. » Au Togo, la politique d’inégal développement des régions au gré des intérêts du colon, a influencé la perception que se faisaient les Togolais suivant leur origine ethnique et régionale. L’impact de ce phénomène dans la vie politique togolaise est considérable

2-3       Corruption, achat des consciences 

Les élections ont perdu leur sens depuis que l’achat de conscience a fait son apparition dans les processus électoraux, alors que la corruption amplifie les privilèges indus et renforce davantage les frustrations.

2-4        Textes régissant nos institutions politiques et administratives inadaptés

Est-il besoin de développer les raisons à la base des toilettages subis par ces textes ? Une volonté de s’éterniser au pouvoir en conservant et contrôlant les rouages essentiels et la peur des lendemains quand ce pouvoir vous échappe.

2 -5       Togo, un pays sinistré aux plans économique et social 

Ici aussi, les raisons ne sont pas difficiles à identifier. Une politique économique et sociale saine ne peut s’accommoder d’un environnement politique et institutionnel tel que constaté ci-dessus.

Nous pouvons libérer enfin l’avenir de notre pays, si prenant en compte ces différentes préoccupations, les principaux acteurs se mettent dans une dynamique de Pacte sur les valeurs essentielles de la démocratie et du vivre ensemble.

Il serait illusoire de croire que des élections seraient une solution à de telles préoccupations. Avant qu’une alternance politique ne puisse se réaliser, il y a trois hypothèques à lever : la question de l’impunité, les différentes réformes constitutionnelles, institutionnelles et de l’armée, une vraie réconciliation nationale.

L’élévation du niveau de vie des citoyens pour les rendre de vrais électeurs autonomes est également un impératif déterminant.

Sans la réalisation de ces tâches après la signature du Pacte Historique pour la réalisation d’un nouvel ordre républicain, tout scrutin risque toujours de déboucher soit sur une victoire à la Pyrrhus soit au statut quo.

3   Comment le Pacte ?

La réalisation des tâches identifiées et qui conditionnent la possibilité d’une alternance politique exige des différents acteurs un réel courage politique.

Cependant, les petites avancées opérées ces derniers temps ne doivent pas faire illusion : le chemin pour sortir du tunnel est encore long. Pour que les prochaines élections aient un sens et surtout ne nous ramènent pas en arrière, il nous faut anticiper, l’intérêt du peuple togolais devant être au-dessus de toute autre considération.

Dans ces conditions que faire concrètement ?

  • Affirmation des principes justifiant le Pacte, à savoir :
  • place de la violence dans l’histoire politique de notre pays ;
  • rôle de l’ethnocentrisme et du régionalisme
  • impossibilité de l’alternance politique paisible dans les conditions actuelles ;
  • impossibilité d’une politique de développement durable.
  • Définition des objectifs, à savoir :
  • mettre fin à l’impunité sous toutes ses formes ;
  • œuvrer à une véritable réconciliation et mettre fin aux pratiques ethnocentriques et régionalistes sous toutes leurs formes ;
  • procéder à toutes les réformes pertinentes en construisant « l’Etat c’est nous » au lieu de «  l’Etat c’est moi » ou de «  l’Etat c’est les vainqueurs du moment »
  • créer les conditions d’un développement durable.
  • Mécanisme de mise en œuvre du Pacte
  • Accord sur une période de gestion partagée.
  • Accord sur un programme commun de gestion du pays durant cette période de responsabilité  partagée
  • accord sur un Cadre Permanent de Dialogue et de Concertation

Si les signataires potentiels du Pacte adhèrent tous au principe « Le Togo d’abord », les difficultés seront surmontées.

La CDPA pour sa part reste toujours dans le même logique que celle qui à présidé à ses prises de position depuis le lendemain de la Conférence Nationale Souveraine à savoir qu’aucune formation politique n’est en mesure à elle seule de mener à terme l’importante mission de remettre à flot notre pays : d’où son slogan « Démocratie d’abord, multipartisme ensuite » ayant induit d’autres comme « Ensemble, nous vaincrons », ou encore « Libérons enfin l’avenir ».

La CDPA est prête à mener une réflexion approfondie ensemble avec tous les acteurs qui partagent cette vision, c’est-à-dire, au-delà des préoccupations électoralistes, créer les conditions de faire entrer le Togo dans une ère nouvelle où les Togolaises et les Togolais réapprennent à vivre ensemble, où l’alternance politique intervient sans heurts et où l’environnement sociopolitique soit favorable au décollage économique de notre pays.

 

 

 

 






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